En bref#
Tout le monde est d'accord pour intégrer ; planifier l'intégration est une autre affaire. Quatre modèles lui donnent une structure. Ils viennent d'horizons différents (la recherche en marketing, la tradition des manuels de CMI, la pratique des relations publiques) et répondent à des questions différentes.
- Duncan et Moriarty (1998) : l'intégration comme gestion des relations de la marque. La communication, et non la persuasion, en est le fondement ; elle rejoint le marketing en trois points : les messages, les parties prenantes et l'interactivité1.
- Kliatchko (2005, 2008) : l'intégration comme processus de gestion à quatre piliers : parties prenantes, contenus, canaux et résultats45.
- PESO (Gini Dietrich, 2014) : l'intégration de quatre types de médias : payés, gagnés, partagés et propriétaires67.
- Les étapes de Schultz : l'intégration comme un chemin, d'un message commun jusqu'à une boucle fermée où les résultats orientent la stratégie8.
Aucun n'est « le » modèle de la CMI. Chacun est une grille de lecture, et un plan opérationnel en mobilise généralement plusieurs. Le premier article de ce parcours retrace l'origine de l'idée.
Duncan et Moriarty : l'intégration comme relation#
En avril 1998, Tom Duncan et Sandra Moriarty publient « A communication-based marketing model for managing relationships » dans le Journal of Marketing1. Leur thèse : la communication, plutôt que la persuasion, est le fondement d'un marketing centré sur le client. Ils identifient trois points de rencontre entre marketing et communication (les messages, les parties prenantes et l'interactivité) et soutiennent qu'une communication interactive aux niveaux de l'entreprise, du marketing et de la communication marketing construit des relations avec la marque, qui créent à leur tour sa valeur1. Une ressource pédagogique d'Oxford University Press y voit un texte charnière, qui a fait passer la CMI d'une vision fonctionnelle au marketing relationnel2.
Duncan a beaucoup écrit sur la CMI, dont le livre Driving Brand Value, et a bâti avec Moriarty un master en CMI reconnu à l'international ; il est mort en 20193. Son manuel IMC: Using Advertising and Promotion to Build Brands consacre un chapitre au processus de communication de la marque13.
Ce que le modèle exige concrètement d'un plan :
- Les messages ne viennent pas que du marketing. Si la communication se joue au niveau de l'entreprise autant qu'à celui du marketing, alors les politiques, les prix, les produits et le service disent tous quelque chose de la marque, que quelqu'un l'ait prévu ou non. Notre lecture : l'écart entre ce que promet la publicité et ce que livre le service est lui-même un message, et souvent le plus audible.
- Des parties prenantes, pas seulement des clients. Salariés, investisseurs, fournisseurs, régulateurs, journalistes et communautés entretiennent eux aussi une relation avec la marque, et ils se parlent.
- L'interactivité. Une relation va dans les deux sens. L'écoute (échanges avec le service client, avis, réponses sur les réseaux, réclamations) fait partie du programme de communication ; ce n'est pas une fonction à part.
Quand y recourir : dans les activités fondées sur la relation (B2B, services, abonnements, services financiers), pour la réputation et la gestion de crise et pour la fidélisation, là où ce que fait la marque compte plus que ce qu'elle dit.
Kliatchko : quatre piliers à piloter#
Jerry Kliatchko a voulu trancher la question de la définition. En 2005, il passe en revue et critique les définitions existantes dans l'International Journal of Advertising et en propose une nouvelle, fondée sur un petit nombre de piliers4. En 2008, après avoir examiné la littérature académique de 1990 à 2006, il la reprend et définit la CMI comme un processus de gestion piloté par les publics, consistant à gérer de façon stratégique les parties prenantes, les contenus, les canaux et les résultats des programmes de communication de marque5.
Les quatre piliers forment une grille de contrôle pour tout programme :
- Parties prenantes : à qui s'adresse le programme, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'organisation, et ce que chaque groupe doit croire ou faire.
- Contenus : ce que le programme dit et propose. Une idée, déclinée sous des formes utiles à chaque public.
- Canaux : tous les moyens par lesquels le contenu atteint les gens, pas seulement les médias achetés.
- Résultats : ce que le programme doit changer, comment on le mesurera et ce qu'on fera de la mesure.
La force du modèle tient à sa simplicité : il nomme les quatre éléments qu'un plan doit gérer et l'ordre dans lequel y penser, les publics d'abord, les canaux en troisième. Sa limite : il ne dit ni comment choisir entre les canaux ni quel est le degré de maturité de l'organisation. C'est là qu'interviennent le PESO et les étapes.
Quand y recourir : comme rubriques d'un brief de campagne ou de programme, et pour auditer un plan existant. Un plan incapable de remplir les quatre rubriques n'est pas encore intégré. Objectifs et indicateurs sont traités dans objectifs et KPI.
PESO : quatre types de médias#
Le modèle PESO a été créé par Gini Dietrich, fondatrice et directrice générale de l'agence Spin Sucks, et lancé officiellement en 2014 avec la parution de son livre Spin Sucks6. Il classe les médias en quatre types7 :
- Payés (Paid) : la publicité, y compris les options sociales et numériques à côté des supports traditionnels. Voir publicité et publicité numérique.
- Gagnés (Earned) : la publicité rédactionnelle et les relations presse, étendues au-delà de la presse écrite et audiovisuelle aux blogueurs et aux influenceurs. Voir relations publiques.
- Partagés (Shared) : les réseaux sociaux, l'accent étant mis sur l'engagement plutôt que sur la simple consommation. Voir réseaux sociaux.
- Propriétaires (Owned) : les contenus que l'organisation publie elle-même, comme les blogs, les vidéos et les podcasts. Voir marketing de contenu.
Spin Sucks présente le modèle comme un moyen d'intégrer les quatre types dans un seul programme qui construit notoriété, réputation et crédibilité6. Le modèle est protégé par le droit d'auteur et déposé comme marque par Gini Dietrich et Spin Sucks, qui demandent qu'on le cite ; l'agence propose une certification avec la S.I. Newhouse School6.
Le PESO vient des relations publiques, et c'est ce qui fait son intérêt pour les marketeurs : il met les médias gagnés et partagés sur le même plan que les médias payés, qui captent d'ordinaire l'essentiel du budget. Sa limite : c'est une carte des médias, pas des publics ni des résultats. Il dit où une histoire peut circuler, pas à qui elle s'adresse ni ce qu'elle doit accomplir. Les définitions de chaque type figurent dans le glossaire.
Quand y recourir : pour auditer un mix média (achetons-nous une attention que nous pourrions gagner ?), préparer un lancement où la couverture et la conversation comptent, et briefer ensemble les équipes RP, social et contenu.
Les étapes de Schultz : jusqu'où va l'intégration#
Don Schultz, le chercheur le plus associé à la CMI, a aussi décrit l'intégration comme un état vers lequel les organisations progressent. Dans le modèle de développement en quatre étapes qu'il a formulé avec Philip Kitchen en 2000, tel que le résume une étude ultérieure, les organisations passent de l'intégration des messages à l'intégration du consommateur (une approche « de l'extérieur vers l'intérieur » nourrie par le retour des destinataires), puis à la mesure de ce que produit l'activité et à la collecte des données pour la suivre, et enfin à une boucle fermée où les résultats alimentent la planification stratégique. La même étude note que les troisième et quatrième étapes sont rarement atteintes8.
Quatre étapes de l'intégration
- 01Intégration des messages
Un look, une voix et un message central communs aux équipes spécialisées
- 02Intégration du consommateur
Planifier de l'extérieur vers l'intérieur, à partir du retour des destinataires
- 03Résultats et données
Mesurer ce que produit l'activité et collecter les données pour la suivre
- 04Boucle fermée
Les résultats nourrissent la planification stratégique
Les premières recherches expliquent pourquoi tant d'organisations s'arrêtent au premier palier. Kitchen et Schultz ont interrogé 128 dirigeants d'agences de publicité américaines en 1996 et 19979 ; une étude menée auprès des annonceurs a montré qu'ils voulaient associer les agences à la CMI, mais que des « ego and turf battles », des querelles d'ego et de territoire, y faisaient obstacle11. Schultz et Kitchen ont aussi conclu que la CMI était une réponse durable aux bases de données, à la fragmentation des médias et à la demande de synergie, et non une mode10. Le livre IMC: The Next Generation a ensuite traduit les dernières étapes en un processus en cinq temps centré sur la marque, les individus et le retour mesuré12.
Quand y recourir : pour situer honnêtement son organisation et choisir l'étape suivante plutôt que tout le programme d'un coup. Si vous avez un look commun mais aucun résultat commun, l'étape suivante n'est pas une charte graphique de plus.
Passer à l'action#
Les quatre modèles ne sont pas concurrents. Chacun répond à une question différente ; ensemble, ils couvrent un plan.
| Duncan et Moriarty | Kliatchko | PESO | Étapes de Schultz | |
|---|---|---|---|---|
| La question posée | Avec qui la marque est-elle en relation, et quels messages leur parviennent ? | Que doit piloter le programme ? | Quels médias portent l'histoire ? | Jusqu'où l'intégration est-elle allée ? |
| Ce qui le compose | Messages, parties prenantes, interactivité | Parties prenantes, contenus, canaux, résultats | Payés, gagnés, partagés, propriétaires | Quatre étapes, du message commun à la boucle fermée |
| Usage idéal | Services, B2B, réputation, fidélisation | Rédiger et auditer un brief | Auditer le mix média | Choisir l'étape suivante pour l'organisation |
| Ce qu'il laisse de côté | Le choix des médias | Le choix des médias, la maturité | Les publics et les résultats | Ce qu'il faut dire |
Une démarche opérationnelle :
- Rédigez le brief sous les quatre rubriques de Kliatchko : parties prenantes, contenus, canaux, résultats5. N'en laissez aucune vide.
- Listez parties prenantes et messages non planifiés à la manière de Duncan et Moriarty1 : qui d'autre entend parler de vous, et que disent vos produits, vos prix et votre service sans aucune campagne.
- Confrontez le plan de diffusion au PESO7 : pour chaque objectif, lequel des quatre types fait le travail, et un seul type porte-t-il tout ?
- Situez-vous sur les étapes8 et engagez-vous à monter d'un palier cette année. Pour la plupart des équipes, cela veut dire planifier à partir des publics et convenir de la manière dont les résultats seront réinjectés.
- Concevez la boucle des résultats avant le lancement. Les principes tirés de la base IPA Databank par Les Binet et Peter Field sont un bon point de départ14 ; mesurer l'efficacité les présente.
- Séquencez le travail avec un cadre de planification. Les cadres de planification comparent SOSTAC, RACE et d'autres.
Pour aller plus loin#
- L'article de Duncan et Moriarty dans le Journal of Marketing (1998)1, la note d'Oxford University Press sur sa place dans le champ2, l'hommage de Medill à Tom Duncan3 et son manuel13.
- Les articles de Kliatchko de 2005 et 2008 dans l'International Journal of Advertising45.
- Le guide du modèle PESO par Spin Sucks6 et la synthèse d'un éditeur sur les quatre types de médias7.
- Sur les étapes : la synthèse de Frehse et ses coauteurs8, Kitchen et Schultz sur les agences américaines9, Schultz et Kitchen sur les raisons d'intégrer10, l'étude auprès des annonceurs11 et IMC: The Next Generation12.
- La suite : points de contact et parcours client.
Sources
Chaque affirmation qui mérite d'être vérifiée, avec de quoi la vérifier.
- A communication-based marketing model for managing relationships (Duncan and Moriarty), Journal of Marketing 62(2), 1–13SAGE Journals (American Marketing Association) · 1998-04
- Research Insights 10.3: A communication-based marketing model (Marketing, 5th edition, Baines)Oxford University Press, Learning Link · accessed 2026-10
- Thomas "Tom" Duncan (BSJ62, MSJ63)Medill Magazine, Northwestern University · 2020
- Towards a new definition of Integrated Marketing Communications (IMC) (Kliatchko)International Journal of Advertising, via WARC · 2005-03-29
- Revisiting the IMC construct: a revised definition and four pillars (Kliatchko)International Journal of Advertising, via WARC · 2008
- The Ultimate Guide to the PESO ModelSpin Sucks · accessed 2026-10
- What is the PESO model of communication?Human Kinetics · accessed 2026-10
- Accepted manuscript on integrated marketing communications practice (Frehse et al.), Qualitative Market ResearchUniversity of Cumbria Research Repository · accessed 2026-10
- Integrated Marketing Communications in US Advertising Agencies: An Exploratory Study (Kitchen and Schultz)Journal of Advertising Research, via WARC · accessed 2026-10
- Integrated marketing communications. What is it and why are companies working that way? (Schultz and Kitchen)WARC · accessed 2026-10
- Client perceptions of integrated marketing communicationsJournal of Advertising Research, via WARC · accessed 2026-10
- IMC, The Next Generation: Five Steps for Delivering Value and Measuring Returns Using Marketing CommunicationHarvard Business School Working Knowledge · accessed 2026-10
- IMC: Using Advertising and Promotion to Build Brands (Duncan), table of contentsMcGraw-Hill Higher Education · accessed 2026-10
- Presentation: The long and the short of it (Binet and Field)IPA · accessed 2026-10